Base de sécurité : ce qui vous retient dans un couple, un job qui ne sont plus alignés

base de sécurité

Base de sécurité : rester dans une vie “qui fonctionne” alors qu’une autre appelle

Comprendre la base de sécurité : Vous aimez quelqu’un, mais vous vivez avec un·e autre.
Vous vous réveillez chaque matin dans un couple “stable”, socialement impeccable, alors que votre cœur est ailleurs. Vous soupçonnez que quelque chose ne va pas, pourtant vous restez.

Ou bien, c’est votre travail.
Sur le papier, tout est cohérent : poste intéressant, salaire satisfaisant voire gratifiant. En réalité, votre job aspire toute votre énergie. Vous ne vous y reconnaissez plus, mais l’idée même de le quitter vous donne le vertige.

Parfois, ce n’est ni le couple ni le travail, c’est l’ensemble.
La famille, la maison, le statut, l’image que les autres ont de vous. Tout se tient, tout a l’air “bien”. Sauf que vous, à l’intérieur, vous avez une impression de décalage, de double fond, grandissante. Votre inconfort est vraiment présent, le manque de quelque chose aussi. Et malgré ça, vous ne parvenez pas à tout remettre en question.

Ce décalage n’est pas une lâcheté.
Il parle souvent d’une chose plus souterraine et plus profonde : la base de sécurité.

La base de sécurité, ce n’est pas la confiance en soi au sens “être sûr·e de soi”.
C’est ce sentiment de fond : “Même si un lien, une structure ou une image s’effondrent, je continuerai d’exister.” C’est ce sentiment profond de tenir debout, de rester intact·e malgré des reconfigurations profondes de vie.

Quand notre base de sécurité est à l’intérieur de nous, qu’on en a la maîtrise, changer de travail, quitter un couple, modifier un statut fait mal, parfois très peur, mais ne nous détruit pas. On souffre, on vacille peut-être, mais on n’a pas le sentiment de se dissoudre et d’être absorbé·e par les angoisses.

En revanche, quand notre base de sécurité est déléguée à l’extérieur, la situation change radicalement. Tout se passe comme si on pensait :
“Sans ce couple, sans cette famille, sans cette entreprise, je ne suis plus rien.”

Dans ce cas, on ne protège pas seulement une relation ou une position.
On protège la cohérence interne qu’on a réussi à construire alors que la sécurité nous faisait défaut. Et c’est là que la base de sécurité devient le cœur du sujet et de notre empêchement.

Non, ce n’est pas parce que notre conjoint.e est exceptionnel.le, ni notre famille remarquable ou notre job exaltant, qu’on ne parvient pas à partir, c’est parce que nous n’avons pas la pleine main sur notre sécurité personnelle.

1. Base de sécurité : interne vs déléguée

Pour clarifier, on peut distinguer deux pôles :

  • Base de sécurité interne :
    On sait, profondément, qu’on continuera d’exister même si :
    • une histoire importante s’arrête,
    • une image sociale tombe,
    • une structure se défait.
  • Base de sécurité déléguée :
    On associe alors son existence à :
    • un rôle (“celle qui tient la famille”, “celui qui réussit”),
    • une position (“le couple stable”, “le pilier de l’équipe”),
    • une structure (“tant que ce foyer, cette entreprise ou cette image tiennent, je tiens”).

Dans le premier cas, la perte est douloureuse, mais traversable.
Dans le second, la perte est vécue comme un risque d’effondrement identitaire.

C’est dans cette deuxième configuration que la base de sécurité se retrouve déléguée au couple, au statut, à la famille, à l’entreprise. Et, à partir de là, vivre et assumer sa vérité, lorsqu’elle demande de bouger, devient une menace trop grande.

2. Quand la base de sécurité n’a jamais pu se construire dedans

Certains parcours de vie ne laissent pas vraiment la place à une base de sécurité interne.
En général, on retrouve plusieurs éléments imbriqués :

  • des attachements précoces instables,
  • un·e parent imprévisible, dépressif·ve, absorbé·e par lui.elle-même,
  • une confusion entre amour et dépendance (“si tu n’es pas là, je tombe”).

Beaucoup de personnes ont grandi avec une sécurité sous condition :

  • être sage, ne pas déranger,
  • répondre aux attentes parentales,
  • réussir,
  • porter la charge émotionnelle de la famille,
  • représenter “l’honneur”, “la réussite”, “le sérieux”.

Dans ces contextes, l’enfant comprend très tôt que son droit d’exister passe par :

  • un rôle,
  • une fonction,
  • une place dans le système.

Et il.elle intègre qu’“être aimé·e dépend de ce que je fais / dis / cache”.
La base de sécurité ne s’est pas construite en soi, elle s’est construite dans ce qu’on incarne pour les autres.

Alors, perdre la structure, c’est risquer de perdre la preuve qu’on a le droit d’être là.

3. Après une rupture non intégrée : quand la relation devient prothèse

Il y a aussi ces situations où la base de sécurité interne avait éventuellement commencé à se construire… puis a été fragilisée par un choc non digéré.
Par exemple, après :

  • une rupture, un divorce très douloureux,
  • une trahison,
  • un abandon brutal,
  • un décès,

certaines personnes se remettent très vite en couple, sans traverser le deuil.
La nouvelle relation sert alors de prothèse identitaire.

Concrètement, elle permet de :

  • anesthésier l’angoisse,
  • restaurer une image (“je suis encore choisi·e, je compte encore”),
  • éviter le vide et les questions.

La sécurité n’est plus :
“Je sais que je vaux quelque chose, même seul·e.”
Elle devient :
“Je vaux quelque chose parce que quelqu’un m’a choisi·e de nouveau.”

À partir de là, si on n’est pas vigilant.e, la base de sécurité se retrouve dans l’autre.
On ne protège plus seulement une histoire, on protège la possibilité même de ne pas s’écrouler.

Dans ces configurations, toute menace sur la relation est vécue comme une menace directe sur l’intégrité psychique.
On ne peut pas se permettre de regarder certains faits en face, ni d’ouvrir certaines questions, parce qu’on ne se sent pas équipé·e pour survivre à la réponse.

4. Quand la structure devient la base de sécurité : couple, famille, statut, entreprise

Enfin, il y a toutes ces vies très structurées où la base de sécurité s’est déposée dans :

  • le couple officiel,
  • la famille reconnue socialement,
  • la réputation,
  • la réussite professionnelle,
  • le rôle dans l’entreprise,
  • l’image publique (“personne fiable”, “pilier”, “exemple”, “couple modèle”).

On se vit alors comme tenu·e par cette structure :
“Je vais bien tant que ce cadre tient.”

Dans ces contextes, dire la vérité impliquerait parfois :

  • une chute de statut,
  • une rupture de l’image construite pendant des années,
  • une reconfiguration massive du récit (“qui je suis”, “qui nous sommes”).

La structure est devenue :

  • ce qui tient debout,
  • ce qui protège du vide,
  • ce qui empêche la désorganisation interne.

Quitter la structure ne veut plus dire “changer de vie”.
Cela ressemble plutôt à : “Si je lâche ça, je tombe.”

On comprend alors pourquoi, dans ces cadres très normés, la base de sécurité est si facilement déléguée au couple, au foyer, à l’entreprise, et pourquoi la moindre fissure peut déclencher des comportements incompréhensibles vus de l’extérieur.

5. Quand la base de sécurité est externalisée : l'alignement devient un luxe

Une fois que notre base de sécurité est déléguée à l’extérieur, la question n’est plus simplement :
“Est-ce que j’ai le courage d’être honnête ? De vivre ma vérité ?”
La question secrète devient plutôt : “Est-ce que je peux survivre à ce que la vérité impliquerait pour ma vie ?”

Dans ces conditions :

  • reconnaître une infidélité,
  • agir en fonction de l’amour qu’on ressent,
  • admettre un désengagement, une faute ou une erreur,
  • annoncer un changement de cap,

ne sont pas seulement des gestes de clarté.
Ils sont vécus comme des actes potentiellement désorganisants.

Ce n’est pas que la personne ne sait pas ce qui est vrai.
C’est qu’elle ne sait pas comment continuer à exister si la structure qui la tient se fracture.

Ainsi, tant que la base de sécurité est externalisée, la vérité ressemble à un luxe que certain·es ne peuvent pas se permettre tout de suite. Et cela crée à l’intérieur des mouvements difficiles à gérer : on oscille entre la volonté de réparer la structure et d’y croire et le besoin de s’aligner à sa vérité. Ces périodes sont éreintantes, on peut s’y sentir pris.e au piège et vidé.e de notre énergie vitale.

6. Pourquoi celleux qui sont en face privilégient aussi parfois la structure

Sur le plan relationnel, en face de celles et ceux qui délèguent leur base de sécurité à l’extérieur, il y a souvent des personnes qui :

  • voient les incohérences,
  • sentent que quelque chose cloche,
  • et malgré tout, acceptent ou font semblant d’accepter des attitudes dommageables émotionnellement ou des mensonges grossiers.

Ce n’est pas nécessairement par naïveté ou par “aveuglement amoureux”.
Très souvent, c’est parce que, pour elleux aussi, une partie de la base de sécurité s’est déposée dans la structure relationnelle : le couple, la famille, l’image d’un “nous” qu’il serait trop douloureux de perdre.

Refuser le mensonge, dans ces cas-là, ce serait :

  • risquer de perdre le lien,
  • affronter une solitude brute,
  • remettre en cause une histoire dans laquelle on s’est construit·e.

Il devient alors plus supportable, au moins pendant un temps, de garder une version bancale plutôt que de traverser l’effondrement que la vérité provoquerait.

Ce versant mérite un approfondissement spécifique :
comprendre quand accepter le mensonge protège une illusion vitale,
quand la vérité serait plus violente que la fiction,
comment l’histoire personnelle nous a parfois appris à “faire avec” l’inacceptable pour ne pas tout perdre,
et pourquoi, dans certains couples ou certaines familles, deux insécurités peuvent se tenir mutuellement jusqu’à l’épuisement.

Un prochain article sera consacré à ce point de vue-là : celui des personnes qui voient, sentent, savent… et restent pourtant prises dans des récits qui ne leur font plus de bien, parce que leur base de sécurité s’est, elle aussi, accrochée à la structure.

Reprendre la mains sur sa base de sécurité, morceau par morceau

Déléguer sa base de sécurité à l’extérieur n’est donc pas une question de caractère, c’est le résultat d’une histoire ou de circonstances où l’on a dû se tenir grâce à :

  • un rôle,
  • une structure,
  • une image,
  • un lien qu’on ne pouvait pas se permettre de perdre.

La bonne nouvelle, c’est que cette base de sécurité n’est pas figée.
Elle peut être relocalisée en soi.

Cela passe par des mouvements parfois très simples, mais exigeants :

  • reconnaître où l’on a déposé sa survie psychique,
  • accepter que certaines structures ont tenu à notre place,
  • expérimenter le fait qu’un désaccord, une vérité dite, une fin assumée ne nous annihilent pas, même si elles font très mal.

À partir de là, la base de sécurité cesse d’être entièrement déléguée au couple, au statut ou à la famille.
La vérité reste difficile, bien sûr, mais elle n’est plus un danger absolu.
Elle redevient ce qu’elle aurait toujours dû être : un risque réel, oui, mais un risque vivable.

Si, en lisant cet article, vous sentez que quelque chose résonne et que votre propre base de sécurité vous semble fragile ou trop dépendante d’une structure extérieure, c’est déjà une information précieuse. C’est le début d’une lucidité.

Il n’est jamais trop tôt ou trop tard pour construire ce socle intérieur qui nous permettra d’être clair.e.s dans nos choix et d’agir conformément à nos vérités intérieures.

C’est justement ce type de sujets que j’explore dans mes accompagnements : plutôt que de vous laisser vous perdre dans vos doutes, vos conflits ou une analyse infinie, nous travaillons de manière active à la construction et à la consolidation d’une base de sécurité interne

Pour que, progressivement, votre vérité ne soit plus une menace, mais un territoire habitable. Que vous ayez 23, 42 ou 66 ans, le seul vrai risque est de renoncer à votre vérité.

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