You Already Know : Arcade Fire et le dévoilement

Jamais écrit sur la musique ici.
Et puis Régine et Win, le couple phare d’Arcade Fire, ont annoncé leur séparation.

Jeu de dominos, j’ai réécouté les quatre premiers albums, repensé à tous ces concerts que j’ai vécus.
Et compris que bien avant de changer de vie, bien avant la psychologie et La Réévolution, tout était déjà là :
Arcade Fire, c’est un groupe qui a utilisé la musique comme acte collectif de révélation. Pas seulement de communion, mais de vérité. De dévoilement du vrai, de jaillissement de ce qui était enfoui.

De Funeral (2004) à Reflektor (2013), leurs quatre premiers albums forment un processus initiatique par et pour les humain·e·s : la perte, l’illusion, la fuite, la quête de sens et surtout, l’appel à se réveiller et à ouvrir les yeux.
Comme d’autres vont prendre de l’ayahuasca, on écoute Arcade Fire. Ça remue les couches profondes, ça ranime l’instinct, le gut feeling, le vrai hurle, ne peut plus être ignoré, les cellules scintillent.

Leur musique ne cherche jamais à apaiser, elle cherche à éveiller. À faire circuler ce qui était figé, à remettre du mouvement là où le mental avait verrouillé.

Le concert comme cérémonie

Leurs concerts étaient fous : Arcade Fire ne fait pas de la musique, il.elle.s orchestrent des cérémonies.

La tournée Reflektor était particulièrement renversante. On émergeait de la fosse vivant·e, traversé·e, en ne sachant plus exactement d’où on arrivait.

Arcade Fire, c’est la collision entre la lucidité et l’abandon.
Il.Elle.s arrachent masques et raison pour nous rendre à notre vérité.

Ce qu’il.elle.s déclenchent chez les gens, c’est une désinhibition émotionnelle.
En concert, les identités se fissurent, on renonce au contrôle et parfois on rit et on pleure en même temps.

C’est une expérience de désindividualisation joyeuse, de libération émotionnelle collective qui désactive le regard social, le besoin de maîtrise.
Le “moi” se dissout dans une forme de moi élargi, un “nous” incandescent.

On touche quelque chose de tribal, d’archaïque.
Et c’est ça, leur génie : mêler la lucidité politique d’un manifeste à l’ivresse d’un carnaval.

L’émotion comme moteur

Arcade Fire, c’est toujours la tension entre la nostalgie et la rébellion.
Ils parlent de la banlieue et de la fuite, de l’ennui et de la vérité, du mensonge collectif et de la quête d’authenticité.

Et à chaque fois, il y a cette énergie de l’entre-deux : entre le chagrin et la fête, entre la foi et la lucidité, entre l’humain et le divin.

Sous leurs mélodies souvent euphoriques, il y a toujours une charge de désespoir, de perte ou de colère. Mais ce désespoir-là n’est pas destructeur : il est moteur. C’est une colère tournée vers la vie, vers ce qui respire encore.

Il.Elle.s invitent à traverser l’émotion, à ne plus s’en défendre.

Résurrection en stéréo

Systématiquement et dans tous les sens, leur musique travaille la renaissance psychique.
Leur univers creuse la mort et la résurrection, la chute et la lumière, la fuite et le retour à soi.

C’est le passage à travers les ténèbres mais vécu de manière extatique, pas dramatique.
Arcade Fire, c’est le deuil qui danse.
C’est la conscience de la finitude qui, au lieu de désespérer, nous pousse à nous embraser.
Elle nous rappelle que notre liberté ne se joue pas dans le contrôle, mais dans le feu.

Les morceaux d’Arcade Fire, ce sont ceux qu’on écoute en regardant l’horizon pour prendre les grandes décisions de vie. Divorcer ou démissionner. Ou pire encore.
On se rappelle qu’on est vivant.e et on fait le saut devant.

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