Quand ça explose, tout le monde ne réagit pas de la même manière
Vérité ou mensonge : c’est souvent à l’occasion d’un choc émotionnel que les masques tombent, mais pas toujours de la manière qu’on imagine.
Certaines personnes, au moment où tout explose, finissent par tout avouer. Elles lâchent la vérité comme on lâche une valise qu’on ne peut plus porter.
D’autres, au contraire, basculent dans un mensonge radical : elles nient les faits les plus évidents, racontent une version parallèle, s’accrochent à une histoire intenable.
De l’extérieur, on pourrait croire à une simple question de morale : il y aurait les “courageux·ses” qui disent la vérité, et les “lâches” qui mentent. En réalité, psychiquement, il se passe tout autre chose. Sous le choc, le psychisme ne choisit pas entre le bien et le mal : il choisit ce qui lui permet, sur le moment, de préserver sa base de sécurité.
Pour certain·es, cette base se situe à l’intérieur : dans la cohérence avec soi, dans la continuité du sentiment d’exister. Pour d’autres, elle est massivement externalisée : famille, statut, couple officiel, image sociale, entreprise, carrière… Alors, au moment du choc, la vérité ou le mensonge deviennent surtout des stratégies de survie.
1. Vérité ou mensonge sous le choc émotionnel : une question de base de sécurité
Sous une émotion extrême, rupture, découverte d’une double vie, scandale public, confrontation familiale, faute commise au travail, le système nerveux bascule en mode alerte. Le corps tremble, le cœur s’emballe, la pensée sature.
Dans cet état-là, on pourrait croire que la vérité s’impose “naturellement”. Pourtant, ce n’est pas si simple.
Ce que l’on observe cliniquement, c’est que le psychisme cherche d’abord à éviter la désintégration. Il va donc favoriser la stratégie qui lui semble la moins destructrice :
- pour certain·es, continuer à mentir serait insupportable ;
- pour d’autres, dire la vérité serait vécu comme un effondrement total.
Autrement dit, vérité ou mensonge sous le choc émotionnel dépendent moins de la “valeur morale” de la personne que de l’endroit où se trouve sa base de sécurité :
- à l’intérieur, dans une cohérence minimale avec soi ;
- ou à l’extérieur, dans une structure (foyer, couple, rôle, image, entreprise, carrière) qu’il.elle croit ne pas pouvoir perdre sans disparaître.
À partir de là, deux grands mouvements se dessinent.
2. Quand le choc fait tomber les murs : celles et ceux qui disent la vérité
Chez certain·es, l’émotion extrême vient fissurer tous les clivages internes.
Jusqu’ici, il.elle·s parvenaient à porter plusieurs récits en parallèle : ce qu’il.elle·s se racontaient à elleux-mêmes, ce qu’il.elle·s montraient aux autres, ce qu’il.elle·s taisaient.
Sous le choc, cette coexistence devient intenable. La dissonance interne est trop forte. Mentir demande désormais plus d’énergie psychique que dire vrai.
Pour ces profils-là :
- la vérité devient une nécessité de régulation ;
- continuer à se taire ou à travestir les faits coûterait plus cher à l’intérieur ;
- la priorité n’est plus de sauver la structure externe, mais de sauver quelque chose de l’intégrité interne.
Dire la vérité n’est alors pas un héroïsme moral, même si cela peut le paraître. C’est un geste de survie psychique :
“Je préfère perdre un monde que me perdre moi.”
Ces personnes peuvent tout risquer : un couple, une image, une position sociale. Pas parce qu’elles aiment moins ces éléments, mais parce qu’elles ne supportent plus de vivre écartelées entre plusieurs versions d’elles-mêmes.
3. Quand le choc renforce le mensonge : celles et ceux qui défendent la structure à tout prix
À l’inverse, d’autres sujets, dans la même situation de crise, mentent plus que jamais. Ils.elles nient des évidences, modifient des dates, réécrivent l’histoire, invoquent des malentendus impossibles.
Vu de l’extérieur, cela peut paraître sidérant. Vu de l’intérieur, il s’agit d’un réflexe de conservation.
Chez ces personnes, la base de sécurité n’est pas située dans la cohérence interne, mais dans la structure externe :
- le foyer,
- le couple officiel,
- la famille,
- la carrière,
- l’entreprise,
- la fonction,
- le récit social qu’il.elle·s donnent au monde.
Quand cet édifice menace de s’effondrer, la vérité est perçue comme un danger mortel. Elle ne libère pas, elle désintègre. Le mensonge devient alors un colmatage désespéré :
- on nie pour préserver l’armature identitaire,
- on invente pour empêcher la chute,
- on arrange les faits pour maintenir, coûte que coûte, la continuité de la façade.
Dans ces moments-là, le mensonge peut être :
- grossier,
- contradictoire,
- facilement démontable.
Ce n’est pas parce qu’il est “mal fait”. C’est parce qu’il n’est pas pensé comme une stratégie fine, mais produit comme un réflexe de survie. La priorité n’est plus la crédibilité : c’est de ne pas laisser s’effondrer ce à quoi on a confié son existence psychique.
4. Vérité ou mensonge sous le choc émotionnel : où se loge vraiment la sécurité ?
Derrière cette question, vérité ou mensonge sous le choc émotionnel, une autre question apparaît : d’où vient la sensation d’être en sécurité ?
Quand la sécurité est largement internalisée, la personne sait, même confusément, qu’elle survivra à la perte d’un rôle, d’une structure, d’une image. Elle sait qu’elle existe en dehors de son couple, de son statut, de son récit social. Dans ce cas, dire la vérité est douloureux, mais possible.
À l’inverse, lorsque toute la sécurité psychique est déléguée à une structure externe, celle-ci devient vitale :
- perdre le couple, c’est perdre son reflet ;
- perdre le foyer, c’est perdre la continuité du moi ;
- perdre la façade, c’est perdre toute boussole.
Dans cette configuration, la vérité devient dangereuse, non parce qu’elle serait “mauvaise”, mais parce qu’elle est associée, en profondeur, à une forme de mort symbolique.
Récupérer sa base de sécurité, c’est donc un vrai travail, mais possible, à n’importe quel âge :
- apprendre à exister en dehors d’un rôle,
- accepter que l’on peut décevoir et continuer à vivre,
- découvrir qu’on ne meurt pas d’avoir dit : “voilà ce que j’ai fait, voilà ce que je ressens”.
Tant que ce mouvement n’est pas fait, la vérité reste une menace. Dès qu’il commence, elle peut redevenir une option.
Vérité ou mensonge et ce qu’on choisit de sauver
Au fond, le choix vérité ou mensonge en cas de choc émotionnel révèle moins “qui est une bonne personne” que “ce que chacun·e essaie de sauver en priorité” et où se trouve la base de sécurité. Certain·es préfèrent risquer une explosion externe plutôt que de continuer à vivre écartelé·es à l’intérieur. D’autres sacrifient la vérité vécue pour protéger une structure à laquelle ils.elles ont confié leur survie psychique.
Dire cela ne revient pas à tout excuser. Un mensonge radical peut faire des dégâts. Il peut laisser derrière lui des fractures d’estime et des zones de réalité impossible à reconstruire. En revanche, le comprendre permet de déplacer la question :
- du “comment a-t-il.elle pu mentir comme ça ?”
- vers “à quelle perte pensait-il.elle ne pas pouvoir survivre ?”
Et, plus tard, pour celleux qui ont menti, une autre question peut émerger :
“Est-ce que je veux continuer à confier toute ma sécurité à une structure,
au point de devenir étranger·e à moi-même quand elle est menacée ?”.
On pourrait décréter que ne pas être pleinement maître.sse de sa base de sécurité n’est pas un problème et qu’on va continuer à naviguer comme ça le plus longtemps possible. Sauf que cela implique à terme de devoir nier sa vérité et ses besoins.
Pour celleux qui ont subi le mensonge, il est tout aussi important de ne pas rester seul·e avec le doute, la honte ou l’idée d’avoir “trop demandé”. La violence n’est pas seulement dans l’acte, elle est aussi dans le récit tronqué qui suit. On a besoin, alors, d’espaces où déposer ce qui s’est passé, où remettre du sens là où tout a semblé absurde.
Si cette question de vérité ou mensonge sous le choc émotionnel réveille en vous des angoisses, des trous noirs, des douleurs d’estime, ce n’est pas un caprice. Ce sont des endroits de vous qui ont besoin d’être rejoints, reconnus, réparés. En parler, se faire accompagner, ce n’est pas tourner le couteau dans la plaie : c’est, enfin, cesser de porter seul·e les conséquences d’une structure qui n’était pas la vôtre.
Les choix difficiles pour sauver sa vérité intérieure portent aussi une vraie lumière
Se poser les questions qui nous mènent à un équilibre heureux
les réponses qui nous engagent
La joie d’être au bon endroit finalement
La vie!!!